
À PROPOS DE NÉO-TANTRA
Je me suis formée dans les Cévennes avec Elody Fournioux, qui a fait beaucoup pour amener ces pratiques dans de nouveaux milieux et y défaire les stéréotypes du genre.
Derrière elle, il y a plusieurs générations d'enseignant.e .s en France qui remontent jusqu'à Osho, en Inde.
C'est lui qui a ajouté Néo devant Tantra pour designer ce mélange de pratiques inspirées de diverses traditions mystiques (tantriques, taoïstes, soufies...) et de trucs psycho-corporels occidentaux.
Je me demande souvent pourquoi j'utilise encore le mot Néo-Tantra avec tout ce qu'il porte de problématique et de flou.
Je crois que c'est parce qu'il intrigue, même s'il est chargé négativement, parce que je n'en ai pas trouvé d'autre et peut-être pour toutes les questions qu'il m'oblige à me poser.
En l'entendant, on pense à des trucs sexuels, des orgies, des massages qui glissent et ça me permet de poser la question de la place de la sexualité, entre tabou et hypersexualisation, dans notre monde et d'essayer d'en inventer une autre.
On se demande à juste titre si c'est safe, parce qu'on pense au New age et autres folies des années 70, à Osho qui a banalisé dans ses centres des situations d'emprise et de violences sexuelle à des échelles vraiment flippantes.
Ça m'oblige à regarder les dynamiques de pouvoir dans ce milieu, la question du consentement, du trauma,
la culture du viol inscrite dans nos corps.
On pense aux voies spirituelles de l'Inde et ça m'oblige à reconnaître l'appropriation culturelle qui a déjà eu lieu, à avouer que je ne sais pas quoi en faire. C'est évident que le néo-tantra n'a plus grand chose à voir avec les exigeantes voies d’éveil du shivaïsme du Cachemire ou du bouddhisme tantrique, même si on peut y retrouver des motifs communs, comme le concept de non-dualité, le corps et l’expérience au centre, l'accueil de tout ce qui nous traverse, y compris le désir...
C'est difficile de connaître les sources des pratiques et de distinguer déformation, inspiration et évolution.
Mais c'est facile de voir comment on s'est emparés de ces traditions pour combler nos manques.
J'ai grandi, comme beaucoup, coupée de toute racine spirituelle et en galère avec le corps, la sexualité, la vulnérabilité et la mort et j'ai cherché, comme beaucoup, à m'en sortir en pratiquant toutes sortes de technologies spirituelles, certaines venues d'autres cultures. Je vois le contexte de violence coloniale et les rencontres sincères entre chercheur.euse.s spirituels, mes propres réflexes extractivistes et le besoin urgent de se décentrer des modes de pensées occidentaux et je suis bien perdue. Si tu as des pistes pour décoloniser ces pratiques, se remettre en question, recréer de la réciprocité et prendre soin, je serai contente d'en discuter avec toi.
Heureusement, dans la pratique, le corps, l’expérience et la rencontre, je retrouve du calme et du sens, des pistes concrètes de réparation et des chemins joyeux.
Avec ces propositions, j’ai envie de contribuer à dessiner de nouvelles pistes pour nos relations au corps, aux autres, au vivant et au plus grand que nous :
Ralentir.
Écouter nos corps d'abord.
Construire de la confiance avant tout.
Inventer une culture du consentement joyeuse et détendue.
Garder le sens de l’humour devant nos failles.
S’en remettre à l'intelligence du vivant.
Créer de nouveaux rituels relationnels .
Choisir la curiosité.
Jouer.
Quand j'étais petite, j'avais l'intuition que la vie était ... plus grande que ça. Alors, en grandissant, j'ai bricolé ma propre initiation à la Vaste Vie. En route, j'ai remarqué quelques trucs: Que les membranes entre le visible et l'invisible sont poreuses et qu'être humain, c’est faire de la magie tout le temps, mais souvent sans faire exprès et donc n’importe comment. Que les choses vécues par mes ancêtres agissaient encore dans ma vie. Que ma sexualité baignait dans une drôle de Soupe dont je voulais bien sortir. Que la petite magie des humains est, heureusement, prise dans une magie plus grande, celle du Vivant. Que l'intime n'est pas séparé du politique. Que la Vaste Vie veut toujours tout réparer si on la laisse faire. Qu'il y a de vielles histoires inscrites dans mon corps et que je peux en écrire de nouvelles... En traversant différents milieux et pratiques (artistiques, somatiques, anarchistes, queer et féministes, spirituelles et thérapeutiques), j'ai appris que ces trucs s'appelaient la mémoire cellulaire, le transgénérationnel, les dynamiques de pouvoir, le patriarcat et la culture du viol, le grand mystère et les états modifiés de conscience, les pratiques somatiques et la résilience... Avec tout ça dans mon sac, je navigue ...
